Pourquoi le bras de fer autour de l’Iran au Mondial met aussi Trump et Infantino à l’épreuve
Selon le reportage de Goal.com du 31 mars signé Mohamed Saeed, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a profité d’une apparition surprise lors du match amical entre l’Iran et le Costa Rica en Turquie pour mettre fin aux spéculations sur la place de l’Iran dans le tournoi. Son message public était simple : l’Iran sera bien au Mondial et ses matches auront lieu dans les villes prévues par le tirage au sort.
Mais cette réponse ne règle que la position de la FIFA. Elle ne répond pas au différend politique plus profond sur les raisons pour lesquelles l’Iran refuse même le principe d’une entrée sur le territoire américain, ni à la question de savoir si Trump et Infantino interprètent réellement la situation de la même manière.
Pourquoi l’Iran refuse l’idée de jouer aux États,Unis
Le malaise iranien à l’idée de disputer des matches aux États,Unis va bien au,délà du symbole. Selon un article d’AP sur la position iranienne, des responsables iraniens ont affirmé qu’après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, il n’était plus réellement envisageable que la sélection nationale se rende aux États,Unis. Le pays a aussi tenté de faire déplacer ses matches de groupe vers le Mexique pour des raisons de sécurité.
Le différend dépasse donc largement une simple question de logistique sportive. Il s’agit désormais de savoir si l’Iran considère encore les États,Unis comme un pays hôte légitime pour accueillir sa délégation en pleine période de conflit actif.
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Le même reportage d’AP montre aussi que cette inquiétude s’inscrit dans une ligne politique plus large à Téhéran et ne relève pas d’une protestation isolée liée au football. Le ministère iranien des Sports a interdit à ses équipes de se rendre dans des pays considérés comme hostiles, et des responsables iraniens ont expliqué qu’ils ne souhaitaient pas boycotter le Mondial par principe, mais qu’ils considéraient les déplacements vers les États,Unis comme dangereux dans les circonstances actuelles.
Autrement dit, l’Iran ne se demande pas seulement s’il sera autorisé à jouer. Le pays remet aussi en cause la capacité du pays hôte à se présenter de manière crédible comme neutre et sûr, alors même qu’il est impliqué dans le conflit que Téhéran dénonce.
Infantino insiste sur la séparation entre football et politique
La réponse d’Infantino a été de défendre la continuité. Selon le journaliste de Goal.com Mohamed Saeed, il a déclaré : « Iran will be at the World Cup », et il a utilisé sa venue en Turquie comme un signe visible de soutien à Team Melli.
Un reportage ultérieur d’AP sur la visite d’Infantino montre que le président de la FIFA a conservé exactement la même ligne en affirmant qu’il n’existait qu’un « Plan A » et qu’aucune solution alternative n’était prévue pour déplacer hors des États,Unis les matches de groupe de l’Iran.
Cette position correspond à l’argument classique de la FIFA selon lequel le football ne doit pas être réécrit à chaque aggravation du contexte géopolitique. Pourtant, dans ce dossier, l’écart entre le discours de la FIFA et les préoccupations iraniennes apparaît particulièrement net.
La FIFA traite le sujet comme une question administrative, le calendrier existe, le tirage existe, le tournoi doit se poursuivre. L’Iran, lui, le considère comme une question d’hostilité d’État, de sécurité personnelle et de légitimité diplomatique. C’est précisément pour cela que le débat ressurgit sans cesse, même lorsque Infantino tente de le refermer.
Ce que Trump pourrait réellement faire
La distinction essentielle est celle qui sépare le noyau de l’équipe de la délégation au sens large. Dans la proclamation de la Maison Blanche du 16 décembre 2025, dans sa version actuelle, il est indiqué que les restrictions ne s’appliquent pas à « any athlete or member of an athletic team », y compris les entraîneurs, le personnel de soutien indispensable et les proches parents voyageant pour la Coupe du monde ou pour un autre grand événement sportif.
Cela signifie que le groupe des joueurs et le personnel footballistique essentiel sont expressément exclus de la suspension générale qui touche par ailleurs les ressortissants iraniens.
D’un point de vue strictement juridique, Trump ne peut donc pas simplement effacer l’Iran du tournoi par décret national tant que cette proclamation reste en vigueur. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne dispose d’aucun levier.
Ce même texte de la Maison Blanche laisse une place à des décisions au cas par cas prises par le secrétaire d’État, le ministre de la Justice et le département de la Sécurité intérieure dans les dossiers considérés comme relevant de l’intérêt national des États,Unis. Plus largement, le cadre des visas laisse toujours à Washington une influence sur la définition de ce qui est jugé essentiel, ou non.
En pratique, le point de pression pourrait donc ne pas concerner le onze titulaire ou le sélectionneur, mais plutôt les responsables périphériques, les membres non essentiels de la délégation, ou encore l’atmosphère générale entourant le voyage, les contrôles et l’entrée sur le territoire.
C’est pourquoi la rhétorique de Trump compte, même lorsqu’une exemption existe sur le papier. Un président n’a pas besoin d’annuler formellement la participation de l’Iran pour rendre le déplacement politiquement instable. Il peut créer de l’incertitude, accroître la pression publique et présenter la délégation comme une question de sécurité, même si la FIFA continue d’affirmer que l’équipe a toute sa place dans le tournoi.
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Un véritable écart entre Trump et Infantino
Il semble bien exister une différence réelle entre les signaux envoyés publiquement par Trump et ceux d’Infantino. Selon CBS News, Trump a déclaré le 11 mars à des représentants de la FIFA que l’Iran était le bienvenu pour disputer la Coupe du monde aux États,Unis.
Mais le 12 mars, selon des informations diffusées par AP et reprises notamment par NBC Chicago et ESPN, Trump a affirmé qu’il n’était pas « appropriate » que l’Iran vienne et a ajouté que l’équipe devrait rester à l’écart pour « their own life and safety ».
Infantino, à l’inverse, a cherché à tenir un discours cohérent du début à la fin. Il a soutenu publiquement la participation de l’Iran, écarté les rumeurs de changement de site et présenté la structure du tournoi comme quelque chose de figé.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’un affrontement institutionnel direct existe déjà entre la Maison Blanche et la FIFA. Mais cela montre bien que les deux camps projettent des réflexes différents. Trump a envoyé des messages changeants et fortement politisés, tandis qu’Infantino a tenté d’incarner la stabilité et l’inévitabilité.
Pourquoi cette question va continuer à prendre de l’ampleur
C’est pour cette raison que le dossier iranien dépasse désormais la simple controverse d’avant tournoi. Selon le journaliste de Goal.com Mohamed Saeed, Infantino veut réduire le débat à une seule réponse, l’Iran est là, le calendrier ne bouge pas, et le football continue.
Mais la couverture plus large de AP, de CBS News et des documents de la Maison Blanche montre que les questions en suspens vont bien au,delà de cela.
L’Iran remet en cause l’idée selon laquelle les États,Unis pourraient être traités comme un pays hôte ordinaire dans les circonstances actuelles. Et les propos mêmes de Trump ont encore renforcé l’impression que le pouvoir politique à Washington pourrait toujours influencer les conditions dans lesquelles la délégation iranienne voyagerait.
La véritable tension ne réside donc pas seulement dans le fait de savoir si l’Iran jouera. Elle tient à la question de savoir si l’insistance de la FIFA à maintenir une apparence de normalité peut vraiment tenir lorsque l’un des pays hôtes du tournoi est aussi un acteur central du conflit qui nourrit les objections iraniennes.
Sources : Goal.com, Mohamed Saeed, AP News, CBS News, The White House.
