Ratcliffe peut-il encore sauver Manchester United ?
Deux ans après que Sir Jim Ratcliffe a acquis une participation de 27,7 % dans Manchester United, la trajectoire du club demeure difficile à définir. L’ambition qu’il a exposée en février 2024 était vaste et sans équivoque : ramener United au sommet du football anglais et européen. Les résultats ont été contrastés et, dans certains domaines, édifiants.
En janvier, la Football Money League de Deloitte a classé United huitième en Europe en termes de revenus, soit la position la plus basse jamais occupée par le club dans cette étude. Le principal facteur a été une forte baisse des droits de diffusion après des échecs consécutifs à se qualifier pour la Ligue des champions.
Cette absence entraîne des pénalités contractuelles. Le contrat d’équipementier de United avec adidas prévoit des réductions liées aux performances, amputant d’environ 10 millions de livres la valeur de cette saison. Le club n’a pas encore remplacé le sponsor du maillot d’entraînement, Tezos, qui a mis fin à son contrat l’an dernier.
L’expert en finances du football Kieran Maguire a récemment souligné un autre indicateur : le cours de l’action de United, autour de 17,70 dollars, contre les 33 dollars par action payés par Ratcliffe. Selon ses propres termes, « le marché estime que Manchester United vaut nettement moins que le prix qu’il a payé ».
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Il existe toutefois des éléments positifs. Le club a enregistré un chiffre d’affaires commercial record de 333,3 millions de livres dans ses derniers comptes, et les recettes de billetterie ont augmenté lors d’un long parcours en Ligue Europa. Les dirigeants affirment en privé qu’une qualification en Ligue des champions modifierait rapidement les perspectives de revenus. Néanmoins, le matelas financier est plus mince qu’il n’y paraissait.
Le pari du stade
Au cœur du plan à long terme de Ratcliffe figure la proposition d’un stade de 100 000 places destiné à remplacer Old Trafford, un projet présenté à la fois comme moteur commercial et comme programme de régénération urbaine. La hausse des revenus de Tottenham Hotspur après l’ouverture de son nouveau stade offre un modèle clair.
Mais les grands projets d’infrastructure exigent plus que des capitaux privés. Ils requièrent un alignement politique et l’adhésion de la communauté locale.
Cette dynamique est devenue plus délicate après que de récents commentaires de Ratcliffe sur l’immigration, lors d’une interview accordée à Sky News, ont suscité des critiques. Le maire de Manchester, Andy Burnham, impliqué dans les discussions sur la régénération, a qualifié ces propos d’« inexacts, insultants et incendiaires » et a déclaré qu’ils « vont à l’encontre de tout ce que Manchester a traditionnellement représenté ».
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Le club a répondu en réaffirmant son engagement en faveur de l’inclusion à travers son initiative All Red All Equal. Reste à savoir si cet épisode compliquera les discussions plus larges sur le réaménagement, mais il a souligné à quel point le football, la politique et l’identité civique sont étroitement imbriqués à Manchester.
Des erreurs dans la gestion technique
Si les perspectives financières sont incertaines, les décisions sportives ont fait l’objet d’un examen encore plus attentif.
L’autorité d’Erik ten Hag s’est affaiblie avant la finale de la FA Cup 2024, lorsque des alternatives ont été envisagées. Il a ensuite obtenu une prolongation de contrat, avant d’être limogé quatre mois plus tard après un mauvais début de saison. Ce revirement s’est avéré coûteux et a prolongé l’incertitude au sein du vestiaire.
La nomination de Rúben Amorim a marqué une rupture nette de style. Son système en 3-4-3 et son absence d’expérience en Premier League constituaient des risques calculés. Ils ne se sont pas révélés payants. S’en est suivi un taux de victoire de 32 %, ainsi que le plus mauvais classement en championnat de United depuis 51 ans.
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Le coût estimé des changements au sein de l’encadrement technique et de la direction exécutive a atteint environ 37 millions de livres, un montant qui a annulé les économies réalisées ailleurs.
Dans cette même interview accordée à Sky News, Ratcliffe a reconnu l’impopularité de ses réformes.
« J’ai été très impopulaire à Manchester United parce que nous avons effectué de nombreux changements », a-t-il déclaré. « Mais pour le mieux, selon moi. Et je pense que nous commençons à voir, au sein du club, des signes que cela commence à porter ses fruits. »
Pour certains supporters, cette refonte arrive avec retard. Pour d’autres, elle a semblé improvisée.
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Réductions, culture et conséquences
Les mesures de maîtrise des coûts ont dépassé le cadre du banc de touche. Des centaines de postes ont été supprimés, les prix des billets ont augmenté et les tarifs réduits pour les seniors et les enfants ont été supprimés.
Ces décisions peuvent équilibrer les comptes, mais elles ont un poids culturel. United s’est longtemps présenté comme une institution communautaire autant qu’une puissance commerciale. Les réductions dans les départements du recrutement et du commercial ont également suscité des inquiétudes discrètes quant à la compétitivité à long terme.
Et pourtant, des éléments structurels positifs existent.
La stratégie de recrutement paraît plus cohérente que lors des cycles précédents. Les recrues récentes représentent une part significative des buts inscrits en championnat, la moyenne d’âge de l’effectif a diminué et les engagements salariaux ont été resserrés. Les dépenses frénétiques en fin de mercato qui avaient marqué les saisons précédentes se sont, du moins pour l’instant, atténuées.
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La rénovation du centre d’entraînement de Carrington, d’un montant de 50 millions de livres et financée personnellement par Ratcliffe, a constitué un signe visible d’investissement dans les infrastructures plutôt qu’un simple rafistolage à court terme.
L’équipe féminine a offert une stabilité relative, restant compétitive aux avant-postes de la Women’s Super League et réalisant un parcours profond dans les compétitions nationales. Dans une période de volatilité pour l’équipe masculine, cette constance a compté.
Une saison décisive à venir
Ce qui demeure incertain, c’est de savoir si United traverse la phase douloureuse mais cohérente d’une reconstruction structurée, ou s’il reste prisonnier d’un cycle de corrections réactives.
Une qualification en Ligue des champions allégerait la pression financière et donnerait du poids à l’argument de Ratcliffe selon lequel les bouleversements étaient nécessaires. Une nouvelle absence intensifierait l’examen des décisions de gouvernance déjà coûteuses.
Deux ans après le lancement du projet, l’ambition ne s’est pas émoussée. La question qui définira la suite est de savoir si le plan est réellement à la hauteur de cette ambition.
Sources : GOAL, Sky News, Deloitte Football Money League
