La FIFA lance sa contre-attaque
La bataille autour du projet abandonné de Gianni Infantino visant à vendre une partie des activités commerciales de la FIFA est entrée dans une phase plus hostile. Après l’ouverture par l’UEFA de quatre procédures aux États-Unis destinées à obtenir des documents et des témoignages, la FIFA a accusé l’instance européenne de mener une « campagne de dénigrement » coordonnée contre l’organisation et son président.
Selon le récit de l’Associated Press consacré aux écritures de la FIFA, l’instance mondiale estime que l’UEFA utilise le système judiciaire américain pour alimenter une attaque politique, et non pour soutenir une procédure étrangère suffisamment concrète. La FIFA affirme que la plainte pénale suisse envisagée reste spéculative et que l’UEFA n’a pas l’autorité nécessaire pour engager elle-même le type de procédure décrit dans ses demandes.
La réponse de la FIFA ne consiste pas uniquement à rejeter les accusations concernant FIFA Forward Enterprise. L’organisation développe une défense beaucoup plus large et potentiellement explosive : l’UEFA aurait combattu le projet parce qu’une augmentation des moyens financiers accordés aux petites nations pourrait menacer la domination économique et sportive de l’Europe.
« Si le football se renforce dans les pays en développement, la concurrence mondiale augmente, ce qui réduit finalement le pouvoir de marché de l’UEFA et crée davantage de concurrence pour ses principales compétitions », affirme la FIFA. L’organisation ajoute qu’un financement supérieur pourrait inciter davantage de joueurs à représenter leur pays d’origine et à rester dans des championnats nationaux situés en dehors de l’Europe.
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Selon la FIFA, l’opposition de l’UEFA ne concernait donc pas uniquement la gouvernance, la transparence ou la protection de la Coupe du monde. Elle aurait également visé à préserver les avantages dont bénéficie le football européen. Ces affirmations appartiennent à la défense juridique et politique de la FIFA et n’ont été reconnues comme des faits par aucun tribunal.
Le tribunal n’a pas rejeté la demande de l’UEFA
La dernière décision procédurale doit être interprétée avec prudence. Un juge fédéral de Floride n’a pas rejeté la demande de l’UEFA, validé ses accusations ou refusé l’accès aux documents. Le tribunal a seulement permis à FIFA (AMERICAS), Inc. et FWC2026 US, Inc. de déposer une réponse formelle avant qu’une décision ne soit prise.
Le registre public de la procédure en Floride identifie l’affaire sous le numéro 1:26-mc-25872 devant le juge Jose E. Martinez. Les sociétés américaines de la FIFA disposent d’un délai allant jusqu’au 28 septembre pour remettre leur opposition complète. La demande de collecte de preuves reste donc en attente, et l’UEFA n’a pas encore reçu l’autorisation judiciaire de contraindre les parties visées à produire les documents.
La FIFA tente également d’intervenir dans trois procédures connexes. La demande déposée en Floride vise ses activités américaines et la société responsable de la Coupe du monde 2026. Deux affaires à New York cherchent à obtenir des informations auprès de l’investisseur pressenti Thrive Capital, de son fondateur Josh Kushner et du conseiller financier J.P. Morgan. La procédure du Colorado concerne l’ancien directeur général de Liberty Media Greg Maffei et son entreprise BANN Ventures.
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Les quatre demandes reposent sur la section 1782 du droit américain, qui peut autoriser l’obtention de preuves situées aux États-Unis pour leur utilisation dans une procédure étrangère. La FIFA soutient que ce mécanisme est détourné puisque la procédure suisse décrite par l’UEFA n’existe pas encore. L’UEFA répond que le droit américain permet une telle collecte au profit d’une procédure étrangère raisonnablement envisagée, même si celle-ci n’a pas encore été formellement ouverte.
L’UEFA veut ouvrir les dossiers secrets
Au cœur du conflit se trouve FIFA Forward Enterprise, une filiale qui aurait contrôlé de précieux droits commerciaux liés aux Coupes du monde masculine et féminine ainsi qu’à la Coupe du monde des clubs. La FIFA voulait céder à des investisseurs privés une participation permanente de 20 % pour environ 4,2 milliards de dollars, ce qui impliquait une valorisation totale proche de 20 milliards.
L’UEFA affirme que l’opération a été préparée pendant plus d’un an par un groupe restreint entourant Infantino, sans participation adéquate du Conseil de la FIFA, des confédérations ou des 211 associations membres. Elle demande aussi pourquoi aucun processus d’enchères ouvertes ni aucune expertise indépendante n’ont été organisés avant que des capitaux liés à Thrive ne soient désignés pour conduire l’investissement envisagé.
Dans sa demande initiale visant Thrive Capital et Josh Kushner, l’UEFA a qualifié la valorisation de 20 milliards de dollars d’« absurdement basse ». Elle affirme aussi que l’opération aurait pu profiter à Infantino et à un petit cercle de personnes qui l’entouraient. Il s’agit toujours d’accusations de l’UEFA. Aucun tribunal n’a établi qu’Infantino avait agi de manière criminelle ou recherché un avantage financier personnel.
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L’instance européenne souhaite accéder à des évaluations internes, des communications, des analyses financières et des documents permettant d’identifier les participants aux négociations. Elle estime que ces éléments pourraient révéler quand le projet a été conçu, quelles déclarations ont été faites concernant les autorisations internes de la FIFA et si le prix de 4,2 milliards de dollars résultait d’une valorisation conforme aux conditions du marché.
La FIFA conteste la position juridique de l’UEFA
La contre-argumentation de la FIFA porte en partie sur la capacité de l’UEFA à se présenter comme une victime potentielle de gestion déloyale. L’instance mondiale souligne que le projet a été retiré avant qu’une participation ne soit effectivement vendue. Elle considère donc que l’UEFA ne peut pas démontrer la perte financière nécessaire pour invoquer l’article 158 du Code pénal suisse.
La FIFA demande également pourquoi l’UEFA a saisi les tribunaux américains au lieu de rechercher d’abord des informations ou des recours en Suisse. Selon elle, les litiges internes aux structures dirigeantes du football devraient être traités par les procédures institutionnelles et arbitrales convenues, et non par une succession de demandes publiques déposées dans plusieurs juridictions américaines.
L’UEFA estime que l’abandon de l’opération n’a pas réparé les dommages présumés causés à la gouvernance, à la réputation et aux relations commerciales de la FIFA. Sa démarche ne dépend pas uniquement de la question de savoir si de l’argent a finalement changé de mains. Elle veut aussi comprendre comment un plan impliquant les actifs les plus précieux de la FIFA aurait pu être développé et présenté sans que plusieurs dirigeants élus en soient correctement informés.
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Les juges américains ne doivent pas déterminer si Infantino a commis une infraction pénale. Leur mission immédiate est plus étroite : décider si l’UEFA peut contraindre des sociétés et des personnes à fournir des documents et des témoignages susceptibles d’être ensuite transmis aux autorités suisses.
Le contrôle du football mondial est désormais en jeu
La dernière offensive de la FIFA transforme une querelle sur la transparence en affrontement pour l’équilibre des pouvoirs dans le football mondial. L’UEFA se présente comme la protectrice d’une gouvernance collective face à une FIFA toujours plus centrée sur son président. La FIFA décrit au contraire l’UEFA comme une riche puissance régionale utilisant la pression politique et judiciaire afin d’empêcher les concurrents non européens de recevoir davantage de ressources.
Cette accusation pourrait trouver un écho auprès des petites associations, notamment celles qui dépendent du financement des programmes de développement de la FIFA. L’UEFA représente 55 des 211 membres de la FIFA, mais chaque fédération nationale dispose d’une voix lors de l’élection présidentielle. Le récit d’une Europe défendant ses privilèges financiers pourrait donc devenir un puissant instrument électoral pour Infantino avant le Congrès de mars 2027.
Le conflit fonctionne désormais sur deux niveaux. Devant les tribunaux, les parties s’opposent sur la compétence, la qualité pour agir, la confidentialité et l’accès aux preuves. En dehors des salles d’audience, elles tentent de définir ce que représentait FIFA Forward Enterprise : une tentative secrète de placer l’avenir commercial du football entre des mains privées ou un projet de développement détruit par une élite européenne craignant de perdre son pouvoir.
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Pour le moment, l’UEFA n’a pas obtenu les documents et la FIFA n’a pas fait échouer les demandes. Le tribunal de Floride a seulement garanti que la FIFA serait entendue avant la première décision majeure. Ce qui avait commencé comme une bataille autour d’un projet d’investissement abandonné de 4,2 milliards de dollars est désormais devenu une lutte directe pour déterminer qui peut prétendre parler au nom du football mondial.



