« Il est rare, voire inédit, que le ministère de la Justice des États-Unis invite un tribunal fédéral à ne pas croire le président en exercice. Et pourtant, nous y voilà. »
Cette phrase, tirée de la décision de 70 pages rendue mardi par la juge fédérale Ana Reyes, interdit à l’administration Trump d’abattre de nouveaux arbres sur le parcours East Potomac Golf Links à Washington, et oblige le gouvernement à notifier par écrit, avec un préavis de dix jours ouvrés, toute « modification irréparable » du parcours public centenaire. Plus de 400 arbres ont été abattus durant le week-end de Columbus Day, et la juge a estimé que cette destruction avait été menée de mauvaise foi.
Reyes a été explicite sur ce que l’affaire était et n’était pas. Elle a écrit qu’elle n’était « pas le Lorax » et ne parlait pas au nom des arbres, soulignant que le tribunal « parle uniquement au nom de l’État de droit ». Plus tôt dans la décision, elle avait observé : « au départ, c’était une affaire de golf. Cette bonne promenade gâchée. Mais c’est devenu bien plus. »
Trump : fermeture le 15 novembre malgré tout
Le président Donald Trump a publié sur Truth Social que la juge n’avait « aucun droit » d’arrêter le projet et qu’East Potomac fermerait le 15 novembre pour être rénové et reconstruit pour des « raisons de compétitivité (face à d’autres projets de ce type !), de sécurité, de modernisation et d’esthétique ». Il a affirmé que le parcours, redessiné par l’architecte Tom Fazio dans le cadre d’un plan émanant du ministère de l’Intérieur dirigé par Doug Burgum, rouvrirait dans environ 15 mois et serait conçu pour accueillir des événements comme l’US Open, le PGA Championship, la Ryder Cup et la Presidents Cup.
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Le ministère de la Justice a engagé la fermeture avant même que l’encre ne soit sèche. Dans un mémoire déposé au tribunal, le procureur général associé Stanley Woodward a indiqué à la cour que « le ministère de l’Intérieur, par l’intermédiaire de ses avocats, travaille à l’élaboration d’un plan pour mettre en œuvre cette directive et en informera la cour ». Quelques heures après la publication de Trump, le DOJ avait fait appel devant la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit de D.C.
La plainte à l’origine de l’injonction
L’affaire a été portée par la D.C. Preservation League et deux golfeurs locaux, représentés par Skye Perryman de Democracy Forward. Les plaignants font valoir que l’administration tente de remplacer un parcours public historique, ouvert depuis 1920 et situé sur des terres du National Park Service, par un complexe de championnat de type privé, et qu’elle a contourné l’évaluation environnementale fédérale pour y parvenir. Reyes a estimé que les plaignants avaient de bonnes chances d’obtenir gain de cause sur leur argument selon lequel le gouvernement avait violé le National Environmental Policy Act en fractionnant son examen.
L’administration avait déjà tenté, en vain, d’écarter Reyes du dossier : une requête déposée plus tôt en octobre pour la récuser au motif d’un comportement jugé « scandaleux » avait été rejetée.
Ce qui se passera le 15 novembre
Le ministère de l’Intérieur prépare la fermeture. Une fois le parcours fermé au public, l’injonction préliminaire continuera de s’imposer à l’administration : aucun autre arbre ne pourra être abattu, et le tribunal devra être informé dix jours ouvrés à l’avance de toute nouvelle modification des fairways, des bunkers ou d’autres éléments du parcours tant que l’appel sera pendant devant le circuit de D.C.
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