Joe Biden a gardé la FIFA à distance, tandis que Donald Trump a transformé la Coupe du monde 2026 en projet personnel
Joe Biden en a moins dit, mais a montré une ligne claire
Si l’on cherche une grande déclaration publique de Biden sur Gianni Infantino, on trouve étonnamment peu de choses.
Selon l’article de l’AP republié par Fast Company, signé Seung Min Kim et Graham Dunbar, le lien entre Joe Biden et Infantino a été bien plus limité que la relation entre Donald Trump et le président de la FIFA. L’article mentionne une brève rencontre lors du sommet du G20 à Bali en 2022, une rencontre entre Douglas Emhoff et Infantino pendant la Coupe du monde féminine de 2023, ainsi qu’une réunion en 2024 entre Infantino et Jake Sullivan, et non avec Biden lui-même.
Selon ce même article de l’AP dans Fast Company, l’administration Biden a gardé les préparatifs de la Coupe du monde dans un registre plus discret et a insisté sur le fait que les villes hôtes devaient tirer un bénéfice réel du tournoi, et que les valeurs américaines en matière de droits humains devaient être respectées.
Cela en dit long sur la méthode de Biden. Au lieu de transformer la relation avec la FIFA en vitrine personnelle, le travail est resté sur un terrain plus institutionnel.
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Cela renvoie à un ancien président américain qui ne voulait pas faire d’Infantino un partenaire public, mais qui considérait plutôt la FIFA comme une organisation avec laquelle il fallait traiter de manière professionnelle, sobre et en gardant à l’esprit les conséquences pratiques de l’accueil du tournoi.
Le football a été utilisé comme instrument diplomatique sous Biden
Le fait que Biden ait gardé ses distances avec Infantino ne signifie pas qu’il ne s’intéressait pas au football. Au contraire, les déclarations officielles de la Maison Blanche montrent que son administration a utilisé les tournois de la FIFA comme un élément de la représentation américaine à l’étranger.
Selon le communiqué de la Maison Blanche sur la Coupe du monde 2022 au Qatar, Biden a envoyé une délégation présidentielle officielle à la cérémonie de clôture à Doha, dirigée par Linda Thomas Greenfield.
Selon le communiqué de la Maison Blanche sur la Coupe du monde féminine 2023, il a aussi envoyé une délégation officielle à la cérémonie d’ouverture à Auckland, avec Douglas Emhoff à sa tête.
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Cela ressemble à une ligne délibérément sportivo diplomatique, dans laquelle le football mondial a été traité comme une plateforme de présence étatique, et non comme un spectacle personnel centré sur le président.
Biden a également dit quelque chose d’important sur la place de ce sport aux États-Unis. Dans ses remarques avant une réunion avec Keir Starmer en juillet 2024, il a déclaré que le soccer était devenu incroyablement populaire aux États-Unis, et que ce sport connaissait une véritable croissance.
Ce n’est pas un commentaire frontal sur la FIFA, mais cela reste une clé importante pour comprendre sa vision. Biden voyait le football comme une part grandissante du profil international des États-Unis et comme un sport qui prenait de plus en plus sa place dans la vie publique américaine et dans la diplomatie.
La FIFA est aussi devenue une question d’égalité
La critique la plus explicite liée à la FIFA au sein de l’administration Biden n’est pas forcément venue de Joe Biden lui-même, mais de sa vice présidente.
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Selon la transcription de la Maison Blanche de la conversation de Kamala Harris avec des joueuses actuelles et anciennes de l’équipe nationale féminine des États-Unis, elle a directement pointé l’énorme écart entre les primes du Mondial masculin et celles du Mondial féminin. Elle a souligné que le plus récent champion du monde masculin avait reçu 38 millions de dollars, alors que les femmes n’avaient reçu que 4 millions, et elle a décrit ces écarts comme structurels et systémiques.
Cela donne à la ligne de l’administration envers la FIFA une dimension plus sportivo politique que simplement symbolique, car la critique portait sur la gouvernance, la répartition et l’équité institutionnelle dans les plus grands tournois de football du monde.
Cette dimension devient encore plus intéressante lorsqu’on la replace dans le débat plus large autour de la Coupe du monde 2026.
Selon Amnesty International, des critères relatifs aux droits humains ont été introduits pour la première fois dans le processus de sélection de la FIFA pour la Coupe du monde masculine avec le tournoi de 2026. Amnesty a également averti par la suite que le tournoi en Amérique du Nord pourrait être fragilisé si la FIFA ne répond pas aux risques auxquels sont confrontés les supporters, les travailleurs, les journalistes et les communautés locales.
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Ce cadre correspond de manière frappante à la ligne que les responsables de Biden, selon l’article de l’AP dans Fast Company, ont portée dans les réunions avec Infantino, à savoir que les villes hôtes devaient en tirer une valeur durable et que les valeurs américaines en matière de droits humains devaient être respectées.
Ici, Biden n’apparaît pas comme le président qui embrasse personnellement la FIFA, mais comme le dirigeant dont l’administration considère le football comme un domaine où le sport, les droits et la crédibilité de l’État sont étroitement liés.
Donald Trump et Gianni Infantino ont rendu la relation personnelle
Le contraste avec Donald Trump est net.
Selon les archives de la Maison Blanche de Trump, Trump a reçu Infantino dans le Bureau ovale dès 2018, après l’attribution de la Coupe du monde 2026, l’a remercié publiquement, l’a qualifié de très respecté et a parlé du tournoi comme de l’un des plus grands événements sportifs du monde.
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Le ton était personnel, et la rencontre a été mise en scène comme un moment partagé entre deux dirigeants, et non comme un simple jalon administratif. Le projet sportif s’est ainsi rapidement mêlé à la marque personnelle de Trump, à son style public et à son désir de se trouver au centre des plus grands événements.
Ce schéma n’a fait que se renforcer lorsque Trump est revenu à la Maison Blanche.
Selon l’annonce officielle de la Maison Blanche de mars 2025, il a créé une White House Task Force pour la Coupe du monde 2026 avec lui-même comme président.
Selon le propre compte rendu de la FIFA sur la réunion avec Trump, Infantino l’a directement remercié pour la création de cette task force et l’a décrite comme une confirmation de l’engagement du gouvernement américain envers le tournoi.
Et selon l’article de l’AP dans Fast Company, la relation entre Trump et Infantino est depuis devenue si étroite et si visible qu’Infantino l’a présentée comme cruciale pour le succès de la Coupe du monde.
Là où Biden a maintenu la FIFA sur un terrain plus institutionnel, Trump a rendu la relation personnelle, visible et intégrée à son propre leadership autour du sport.
La Coupe du monde 2026 comme miroir de deux stratégies de pouvoir sportif très différentes
Alors, que dit réellement l’ancien président américain à propos de la FIFA, de Gianni Infantino et de Donald Trump, si l’on s’en tient strictement aux sources documentées ?
La réponse courte et honnête est que Joe Biden en dit très peu directement. Mais les traces laissées par son administration sont suffisamment claires pour qu’on puisse y lire une position distincte.
Selon les sources publiques, la FIFA sous Biden a été traitée comme une question de diplomatie, de villes hôtes, d’égalité et d’accueil responsable, et non comme une relation personnelle entre président et président. Il s’agit d’une interprétation fondée sur des actions et des priorités, et non sur une seule phrase de Biden, et c’est précisément pour cela qu’elle est plus intéressante du point de vue sportivo politique que du point de vue purement rhétorique.
Vue sous cet angle, la position générale de Joe Biden apparaît plus institutionnelle qu’émotionnelle. Il a laissé le football s’exprimer à travers des délégations, une représentation officielle et une approche de l’accueil fondée sur des valeurs.
Donald Trump, au contraire, a fait de la FIFA et de Gianni Infantino une part beaucoup plus personnelle du récit autour de la Coupe du monde 2026.
C’est pourquoi la conclusion la plus juste n’est pas que Biden était contre la FIFA, mais qu’il voulait maintenir l’organisation à distance, tandis que Trump l’a attirée directement sur sa propre scène politique et sportive.
