Le signe le plus clair que le soutien de Trump nuit à Infantino plus qu’il ne l’aide est une vidéo tournée lors d’une réception de la FIFA à la Trump Tower le 17 juillet, dans laquelle le président américain a ouvertement raconté avoir appelé le patron de la FIFA pour se plaindre d’une décision arbitrale lors de la Coupe du monde organisée dans son pays.
Trump a affirmé avoir été «forcé d’appeler Gianni et de simplement faire une recommandation» après l’expulsion de l’attaquant américain Folarin Balogun lors de la victoire en seizièmes de finale contre la Bosnie-Herzégovine. La FIFA a ensuite levé la suspension d’un match infligée à Balogun en vertu de l’article 27 de son code disciplinaire, lui permettant d’affronter la Belgique en huitièmes de finale.
La réaction de l’instance dirigeante européenne a été cinglante. L’UEFA a estimé que la décision avait «franchi une ligne rouge» et a exprimé son «incrédulité face à une décision aussi inédite, incompréhensible et injustifiable».
L’ancien président de la FIFA Sepp Blatter a livré un verdict plus tranchant.
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«Les cartons rouges ne s’annulent pas par des appels téléphoniques politiques. Ils s’annulent par des règles, des preuves et des instances indépendantes», a-t-il écrit sur X.
Dans ce contexte, la défense d’Infantino publiée par Trump sur Truth Social le 11 août est apparue comme la confirmation même du reproche que ses détracteurs formulaient.
«La FIFA commettrait une terrible erreur si, pour quelque raison que ce soit, elle envisageait ne serait-ce que de remplacer le président Gianni Infantino. Il est fantastique, lui qui vient de présider la Coupe du monde la plus réussie jamais organisée, quatre fois plus que toutes les autres. S’il s’en va, elle ne sera plus jamais aussi réussie ni aussi rentable.»
Le pays de Galles, la Serbie et la Suède retirent leur soutien
Le 3 août, plus d’une semaine avant la publication de Trump, la Fédération de football du pays de Galles est devenue la première instance nationale à retirer son soutien à la réélection d’Infantino en mars 2027, invoquant des «manquements en matière de bonne gouvernance, de processus, de leadership, de valeurs, de gestion des parties prenantes, de communication et de discernement».
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La Serbie et la Suède ont suivi le même jour, et les médias anglais ont rapporté que la Fédération anglaise s’apprêtait à faire de même.
L’élément déclencheur a été le projet d’Infantino de céder une participation d’environ 20 pour cent dans une nouvelle entité de la FIFA chargée de superviser ses compétitions, dont la Coupe du monde. L’opération devait être portée par Thrive Capital, fondé par Joshua Kushner, et devait permettre de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars.
Le projet s’est effondré le 1er août après l’opposition de l’UEFA, de la Concacaf et de l’AFC. Le 10 août, les trois confédérations ont enchaîné avec une lettre ouverte commune dénonçant la proposition comme une «rupture fondamentale de confiance» et accusant la FIFA de vouloir la faire passer selon un calendrier resserré qui limitait l’examen par les associations membres.
L’accusation de Maduro fondée sur l’article 15
La critique en matière de gouvernance n’est pas nouvelle. Miguel Maduro, ancien président de la commission de gouvernance de la FIFA elle-même, a soutenu que les soutiens publics d’Infantino à Trump violent l’article 15 du Code d’éthique de la FIFA, qui impose aux dirigeants de rester politiquement neutres dans leurs relations avec les gouvernements.
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L’appel autour de Balogun et la défense sur Truth Social donnent chair à l’argument de Maduro pour des détracteurs qui devaient jusque-là le formuler dans l’abstrait.
Infantino a couru après un appel qui n’est jamais venu
Le tableau complet de cette relation s’est brouillé ce mois-ci. Al Jazeera a rapporté qu’Infantino avait «tenté à plusieurs reprises et sans succès de joindre Trump par téléphone» après l’effondrement du projet le 1er août, et qu’il avait également sollicité un entretien téléphonique avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, échange que le Département d’État a affirmé ne pas être prévu.
La publication de Trump est arrivée une semaine plus tard. Le message qu’en ont retenu ses détracteurs n’est pas qu’Infantino dispose d’un protecteur puissant, mais qu’il est défendu sur le même ton que Trump réserve à ses fidèles personnels, par un chef d’État qui s’est déjà vanté d’avoir fait pression sur la FIFA une fois.
Reste à savoir si le Congrès de la FIFA votera en ce sens en mars 2027. L’UEFA, la Concacaf et l’AFC ont mené la révolte au niveau des confédérations, mais celles-ci ne contrôlent pas les votes de leurs membres : chacune des 211 associations membres de la FIFA dispose de son propre bulletin. Depuis le 11 août, la tendance est de s’éloigner d’Infantino, non de s’en rapprocher.
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