Peu de coups au cricket captivent autant que le « cover drive ». C’est un coup d’une synchronisation et d’une grâce exquises, un régal visuel capable d’enflammer les foules. Pourtant, sous son attrait esthétique se cache un danger profond, un piège séduisant qui a coûté le guichet aux plus grands batteurs du sport lors de moments de haute intensité dramatique.
Jon Hotten, auteur du prochain livre « Vinciness, Or The Unbearable Sadness of Batting », résume parfaitement cette dualité. « Le cover drive n’est pas comme les autres coups. Il est dangereux et beau. Il est décadent et dépravé. C’est l’expression la plus pure de la maîtrise au bâton et c’est un destructeur de manches, de matchs, de carrières. Il est addictif, compulsif, indulgent. Il fait crier les foules « aaaahhh ». Il fait taper les entraîneurs du poing contre les murs des vestiaires. »
Le piège des Ashes : les « drives » coûteux de l’Angleterre à Perth
Le risque inhérent au « cover drive » a été clairement illustré lors d’un récent Test des Ashes à Perth. L’Angleterre, qui menait de 99 points en deuxième manche avec 59 pour un au deuxième jour, s’est retrouvée défaite par le coup même qui définit souvent son approche agressive. Ollie Pope et Harry Brook ont tous deux été éliminés, pris en tentant un « drive » en dehors du guichet de Scott Boland. Joe Root, un maître de ce coup, a été éliminé sur un « cover drive » tenté face à Mitchell Starc.
L’ancien capitaine et expert anglais Nasser Hussain a souligné la brillante tactique de l’Australie pour exploiter cette tendance. S’adressant à The Guardian, dans son e-mail hebdomadaire sur le cricket, The Spin, Hussain a fait remarquer : « Les pourcentages n’étaient pas en leur faveur pour jouer le « cover drive » à Perth. La balle fusait et ils continuaient à « driver » sur la montée. Tout le monde savait que l’Angleterre n’allait pas rester passive, alors l’Australie a simplement maintenu une ligne extérieure et a joué sur l’ego. L’Angleterre est tombée dans le piège. »
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Malgré ces éliminations, l’entraîneur des batteurs anglais, Marcus Trescothick, a admis qu’il n’y avait eu « aucune discussion » au sein de l’équipe concernant la modification de leur approche du « drive » sur la montée après le Test de Perth, soulignant un engagement continu envers la philosophie agressive.
Un coup de toucher dans un jeu de puissance
Historiquement, le « cover drive » était souvent évité en début de saison par les joueurs de cricket professionnels, jugé trop risqué, tandis que les « joueurs gentlemen » pouvaient se permettre cette indulgence. Aujourd’hui, il reste un « coup de toucher » dans un jeu de plus en plus dominé par la puissance de frappe. Pourtant, son élégance assure son attrait durable, en faisant une référence pour le talent et un incontournable des compilations de meilleurs moments.
Hussain lui-même le compte parmi ses préférés. « La raison pour laquelle j’aime le voir maintenant en tant qu’expert et pourquoi j’aimais le jouer en tant que joueur est qu’il est si élégant, si esthétiquement plaisant. C’est un coup de toucher dans un jeu qui s’est fortement orienté vers la puissance. » Il a ajouté : « Nous avons tous nos « cover drivers » préférés, que ce soit un Joe Root, un Babar Azam, un Virat Kohli… David Gower a toujours été le mien. »
L’attrait magnétique de ce coup était évident lorsque Zak Crawley a frappé un « cover drive Exocet » sur la première balle de Pat Cummins lors de la série des Ashes 2023, donnant immédiatement le ton. Le défi d’équilibrer beauté et risque continue de définir les batteurs. Dans un scénario de comté fictif, James Rew de Somerset, présenté comme un remplaçant potentiel de Crawley en tête de l’ordre de frappe de l’Angleterre, a affronté le lanceur rapide de Nottinghamshire, Dillon Pennington, alors que son équipe était en difficulté à 20 pour deux. De tels moments soulignent l’affirmation de Hotten selon laquelle « il n’y a pas d’autre coup qui existe sur un tel fil du rasoir. Un fil du rasoir d’où certains tomberont d’un côté et d’autres de l’autre. »
Le livre de Hotten, « Vinciness », qui explore « un moment de promesse écourté par la négligence, l’imprudence ou la malchance » à travers la carrière de James Vince, doit être publié le 2 juin 2026. Il sert de rappel poignant des marges fines qui régissent le jeu, des marges souvent définies par l’audacieux, mais périlleux, « cover drive ».
Sources : www.theguardian.com, 4vuhcf-5g.myshopify.com



