Navid Afkari n’avait que 27 ans lorsqu’il a été exécuté en Iran.
Pour les autorités iraniennes, c’était un meurtrier condamné. Pour de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme, des sportifs et des militants du monde entier, il est devenu le symbole d’une réalité bien plus importante : la crainte que le sport, la contestation et la répression politique n’entrent en conflit au sein du système judiciaire iranien.
Son affaire continue de susciter l’intérêt même des années plus tard, non seulement en raison de l’exécution elle-même, mais aussi à cause des circonstances qui l’ont entourée.
Un combattant qui s’est retrouvé pris dans une tempête politique
Afkari était un lutteur de style gréco-romain originaire de Shiraz, dans le sud de l’Iran. Il avait participé à des compétitions nationales et pratiquait ce sport depuis son enfance.
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Il a été arrêté en septembre 2018, à la suite des manifestations contre le gouvernement qui ont eu lieu en Iran au début de cette même année. Les autorités iraniennes l’ont accusé d’avoir assassiné Hasan Turkman, un agent de sécurité d’une entreprise de distribution d’eau et d’assainissement de Shiraz.
Selon Human Rights Watch, Afkari et ses frères ont été accusés de divers délits, notamment de participation à des manifestations illégales, d’outrage au chef suprême de l’Iran et de meurtre.
Des sources iraniennes proches du pouvoir ont nié tout lien entre cette affaire et les manifestations. Toutefois, hors d’Iran, la procédure judiciaire à l’encontre d’Afkari a fait l’objet de nombreux débats dans ce contexte politique.
Allégations de torture et d’aveux extorqués
Afkari avait d’abord avoué le meurtre, mais il s’est ensuite rétracté.
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Il a affirmé que ses aveux lui avaient été arrachés sous la torture. Sa famille a également déclaré qu’il avait subi des mauvais traitements pendant sa détention, tandis que son avocat a fait valoir qu’il n’existait aucune preuve fiable le reliant à ce meurtre.
Cette affaire a suscité une inquiétude particulière, car il semblerait que des preuves fondées sur des aveux aient été utilisées.
Amnesty International a qualifié l’exécution d’Afkari de « parodie de justice » et a affirmé qu’il avait été victime de torture, d’une disparition forcée et d’un déni de garanties d’un procès équitable.
Avant sa mort, un enregistrement réalisé en prison, dans lequel Afkari affirmait son innocence, a été rendu public.
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« Si on me condamne à mort, je veux que vous sachiez qu’on a exécuté un innocent, même s’il a tout tenté et s’est battu de toutes ses forces pour se faire entendre », a-t-il déclaré.
La justice iranienne a rejeté les accusations de torture, et les médias d’État iraniens ont diffusé ce qu’ils ont qualifié de « aveux ».
Les appels internationaux sont arrivés trop tard
Cette affaire a suscité l’indignation internationale avant même que l’exécution n’ait lieu.
Le président américain de l’époque, Donald Trump, a publiquement exhorté l’Iran à ne pas exécuter Afkari. Le président de l’UFC, Dana White, ainsi que plusieurs sportifs, ont également plaidé en faveur de la clémence.
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Le Comité international olympique a annoncé que son président, Thomas Bach, s’était adressé directement et personnellement au Guide suprême et au président de l’Iran pour leur demander la clémence.
Ces efforts n’ont pas porté leurs fruits.
Afkari a été exécuté le 12 septembre 2020 à la prison d’Adel-Abad, à Shiraz.
Après son décès, le CIO a déclaré être « sous le choc » de cette nouvelle.
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Les frères ont également été condamnés
Afkari n’était pas le seul membre de la famille à avoir été sanctionné dans cette affaire.
Ses frères, Vahid et Habib Afkari, ont également été condamnés à de longues peines de prison dans le cadre du même procès. Selon des informations fournies par des organisations de défense des droits de l’homme, Vahid a été condamné à 54 ans de prison et Habib à 27 ans.
Son cas a encore attisé l’indignation suscitée par cette exécution, et les militants ont fait valoir que la famille avait été soumise à des pressions et à des représailles allant bien au-delà de ce qu’avait subi Navid lui-même.
Les autorités iraniennes ont insisté sur le fait que l’affaire avait été réglée par la voie judiciaire.
Une affaire qui n’est jamais tombée dans l’oubli
L’exécution d’Afkari n’a pas mis fin au débat.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont continué à faire part de leurs inquiétudes concernant le recours aux aveux forcés en Iran. De plus, son nom est devenu une référence dans les campagnes ultérieures concernant les sportifs, les manifestants et les prisonniers politiques iraniens.
Pour beaucoup d’acteurs du monde du sport international, son décès a soulevé une question difficile : comment les fédérations internationales devraient-elles réagir lorsque des sportifs sont victimes de répression politique ?
Afkari n’était pas une superstar mondiale, comme le sont de nombreux sportifs célèbres. Son cas a toutefois eu des répercussions qui ont largement dépassé le monde de la lutte.
Il est devenu le symbole d’un jeune sportif dont le dernier combat ne s’est pas déroulé sur le tapis, mais contre un système judiciaire qui, selon de nombreuses personnes en dehors de l’Iran, lui avait tourné le dos.



