Lorsque Sharmila Dhankar a remporté l’or à Glasgow, l’une de ses premières décisions fut d’appeler sa mère.
Santosh avait suivi la finale à la télévision depuis l’Inde. Aveugle depuis sa naissance, elle ne pouvait pas voir sa fille lancer le poids à 9,81 mètres, mais elle pouvait entendre le moment où celle-ci devint la première championne indienne de para-athlétisme aux Jeux du Commonwealth.
La médaille récompensait une athlète de 40 ans. Elle racontait également le combat d’une mère qui avait refusé que la pauvreté, le handicap et la violence conjugale déterminent définitivement la vie de sa fille.
Une élève brillante privée de choix
Dhankar a contracté la polio après une forte fièvre à l’âge de deux ans. La maladie a affecté sa jambe gauche, sans empêcher la jeune fille de se distinguer à l’école.
Santosh a expliqué que sa fille figurait parmi les meilleures élèves pendant une grande partie de son enfance. Les difficultés financières de la famille ont pourtant limité les possibilités de poursuivre les études.
Dhankar fut mariée à 19 ans. Elle donna naissance à deux filles dans une relation qui devint progressivement violente.
D’après son témoignage recueilli par The Indian Express, son premier mari la chassa finalement de la maison avec les enfants en 2012. Des voisins lui vinrent en aide avant l’arrivée de ses parents.
Sa famille a choisi de la ramener
Santosh et son mari refusèrent que leur fille retourne auprès de l’homme qui l’avait maltraitée. Cette décision exposa la famille à des critiques sociales et à de nouvelles difficultés économiques.
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Dhankar a raconté que certains proches la présentaient comme responsable de l’échec du mariage. Elle tenta de travailler et obtint brièvement un poste de contrôleuse dans les autobus de l’Haryana.
L’emploi ne dura que quelques semaines. Dhankar continua néanmoins à vivre avec ses filles et obtint finalement le divorce.
Lorsque sa carrière sportive nécessita davantage de moyens, Santosh vendit une partie des terres familiales. Son mari avait soutenu le projet jusqu’à sa mort, survenue un an avant les Jeux de Glasgow.
Un second mariage a ouvert une autre vie
Dhankar épousa Ajit Singh en 2018. Elle lui demanda avant tout d’accepter et de soutenir ses deux filles.
Ajit l’encouragea à essayer le kabaddi, puis l’emmena dans un stade où elle commença à travailler avec l’ancien athlète paralympique Tek Chand.
La carrière sportive débuta à environ 33 ans. Ajit quitta son emploi et contracta des prêts afin de financer les entraînements de Dhankar et de ses filles.
Comme l’a décrit The Times of India avant les Jeux, les sacrifices familiaux allèrent jusqu’à la vente de biens importants. La médaille de Glasgow fut obtenue après plusieurs années pendant lesquelles chaque déplacement et chaque séance représentaient une dépense difficile.
Une performance historique en Écosse
Dhankar s’était déjà imposée parmi les meilleures lanceuses indiennes de la catégorie F57. Elle avait remporté l’or au poids et le bronze au disque lors de la compétition internationale Fazza.
Les athlètes F57 présentent des déficiences touchant les membres inférieurs et effectuent leurs lancers depuis un cadre fixé. Le programme de Glasgow comprenait 16 épreuves de para-athlétisme, un record dans l’histoire des Jeux du Commonwealth.
Avec 9,81 mètres, Dhankar réalisa sa meilleure performance de la saison et remporta la finale.
Sa compatriote Shilpa K. Shyla obtint ensuite le bronze après une réclamation indienne et une révision du résultat d’une concurrente nigériane. Les deux femmes partagèrent ainsi un podium historique pour leur pays.
Une mère ne pouvait pas voir, mais elle avait toujours cru
Santosh avait élevé quatre enfants sans pouvoir voir. Elle avait géré la maison, défendu sa fille contre les pressions familiales et vendu ses terres lorsque le sport exigeait davantage d’argent.
Son rôle remet en cause la manière dont les succès individuels sont souvent racontés. Dhankar lança seule, mais elle n’atteignit pas Glasgow seule.
Ajit apporta une seconde structure familiale, ses filles acceptèrent les sacrifices et ses entraîneurs transformèrent une débutante tardive en championne internationale.
Le Premier ministre Narendra Modi salua une performance historique mettant fin à deux décennies d’attente indienne en para-athlétisme aux Jeux du Commonwealth.
Le rêve d’une compétition familiale
Dhankar souhaite désormais remporter les Jeux asiatiques. Son entraîneur estime qu’elle pourrait poursuivre sa carrière pendant quatre ou cinq années supplémentaires.
Elle espère surtout participer un jour à une grande compétition avec ses deux filles. Anuj pratique le javelot, tandis que Laxmi s’est tournée vers le saut en longueur.
Santosh avait autrefois ramené sa fille et ses petites-filles dans la maison familiale pour les protéger.
Sharmila rêve maintenant de les conduire ensemble vers un stade international.



