Esport World Cup 2026

« L’argent n’a pas d’odeur » : Le spectacle e-sportif saoudien de 75 millions de dollars s’empare de Paris

Le spectacle e-sportif saoudien de 75 M$ s’empare de Paris, soulevant des questions sur les droits humains et l’approche française du gaming.

·

Read in:

Paris accueille le tournoi le plus riche du gaming

La Coupe du Monde d’Esports 2026 a débuté à Paris le 8 juillet avec une cérémonie somptueuse mettant en vedette Aya Nakamura, Theodora, DJ Snake et Mosimann. L’événement à La Seine Musicale a marqué le début de sept semaines de compétition, le tournoi devant se conclure le 23 août.

Près de 2 000 joueurs professionnels de 84 pays s’affrontent sur 24 jeux vidéo, dont League of Legends, Counter-Strike, EA Sports FC et Dota 2. La cagnotte totale s’élève à près de 75 millions de dollars, soit environ 65,7 millions d’euros.

Selon une enquête du journaliste du Monde Aurélien Defer, le tournoi a été exceptionnellement délocalisé de Riyad en raison du conflit au Moyen-Orient. Les organisateurs ont plutôt présenté publiquement ce déménagement comme la première étape d’un plan à long terme visant à faire tourner la Coupe du Monde d’Esports entre les grandes villes internationales.

L’empire du gaming de l’Arabie saoudite atteint la France

La Coupe du Monde d’Esports a été créée à Riyad en 2024 et est rapidement devenue la compétition multi-titres la plus lucrative du gaming professionnel. Son arrivée à Paris représente la démonstration la plus claire à ce jour de l’influence croissante de l’Arabie saoudite sur l’industrie internationale de l’esport.

Lire aussi: « Pourquoi l'utilisent-ils ? » : Les fans de Chelsea craignent un cauchemar de blessures sur la pelouse abîmée de Sydney

Le Fonds Public d’Investissement de l’Arabie saoudite et les sociétés associées ont dépensé des milliards dans des entreprises de jeux vidéo, des investissements et des opérateurs de tournois. Leurs intérêts ont inclus ESL, Faceit, Scopely, Moonton et Electronic Arts, ainsi que des investissements liés à Nintendo, Capcom et à l’opérateur de tournois chinois VSPO.

Les partisans affirment que cet argent a offert aux joueurs et clubs professionnels des opportunités qu’une industrie de l’esport financièrement instable ne pouvait auparavant pas proposer. Les critiques décrivent cette stratégie comme de l’« esportswashing », affirmant que l’Arabie saoudite utilise le jeune public mondial du gaming pour adoucir les critiques internationales concernant son bilan en matière de droits humains.

Macron qualifie l’événement de « première historique »

Le président français Emmanuel Macron a personnellement salué l’annonce que Paris accueillerait la compétition. « C’est une première historique et un honneur pour nous », a écrit Macron sur X lorsque la délocalisation a été révélée le 20 mai.

Comme décrit par l’Élysée dans son annonce officielle, le tournoi vise à approfondir les relations culturelles et sportives entre la France et l’Arabie saoudite. La présidence française a déclaré que l’événement impliquerait plus de 200 clubs internationaux et attirerait des joueurs et des fans du monde entier.

Lire aussi: Neuf records pulvérisés en 48 heures alors que les nageurs réécrivent l'histoire des Jeux

L’enthousiasme de Macron a néanmoins soulevé des questions quant à son approche incohérente des jeux vidéo. Plus tôt en 2026, il avait suggéré que le gaming pouvait contribuer à la violence chez les jeunes, tandis que son gouvernement présente désormais la Coupe du Monde d’Esports comme une célébration ouverte et unificatrice de la culture numérique.

L’Arabie saoudite paie toute la facture

La France ne devrait pas payer directement l’organisation de l’événement. L’Arabie saoudite a engagé environ 250 millions d’euros pour couvrir l’organisation de la compétition, tandis que l’Élysée s’attend à ce que Paris et sa région reçoivent environ 600 millions d’euros en retombées économiques indirectes.

Les responsables français ont également contribué à accélérer les procédures de visa après que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aurait contacté Macron au sujet du déménagement du tournoi. Un groupe de travail d’urgence impliquant des conseillers présidentiels et plusieurs ministères a ensuite été créé pour rendre la délocalisation possible.

L’arrangement financier a été bien accueilli par une partie de la communauté e-sportive française, bien que certaines sociétés de production nationales se soient plaintes de n’avoir reçu qu’une part limitée du travail disponible. « L’argent n’a pas d’odeur », a déclaré une source anonyme du gouvernement français au Monde en discutant de la volonté de coopération de l’industrie.

Lire aussi: Verstappen n'a plus de mots pour Red Bull, puis décroche une deuxième place qu'il ne s'explique pas

Les questions sur les droits humains refusent de disparaître

Le partenariat a attiré une attention particulière car les autorités françaises ont rouvert une enquête liée au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018. Cette attention juridique renouvelée n’a pas empêché les relations entre Paris et Riyad de devenir de plus en plus étroites.

Des clubs français tels que Team Vitality, Gentle Mates et Karmine Corp ont saisi l’opportunité de concourir sur leur propre sol. Des créateurs de contenu français influents, dont Squeezie et Inoxtag, ont également été recrutés pour promouvoir ou participer aux activités entourant le tournoi.

Pour les joueurs, la Coupe du Monde d’Esports offre des prix et une visibilité sans précédent. Pour la France, cependant, le tournoi est devenu quelque chose de plus grand : un test de la mesure dans laquelle le pays est prêt à approfondir sa relation avec l’Arabie saoudite lorsque les récompenses financières sont impossibles à ignorer.

Lire aussi: Le cercle rapproché d'Infantino se fissure : le conseiller principal Cordeiro quitte la FIFA à cause du projet de vente de la Coupe du monde

Lire aussi: Les tresses d'Alcaraz débarquent sur Instagram, et le tennis a décidé que tout est la faute de Jannik Sinner

Related Stories