Ce contrat place Infantino au centre de l’attention
La FIFA verse des sommes à une agence de marketing sportif basée à Londres dans le cadre d’un contrat qui mentionne expressément la protection de l’image de Gianni Infantino comme l’un de ses principaux objectifs. Selon certaines informations, le contrat conclu avec Ten Toes Media s’élève à 2,3 millions de livres sterling et s’étend sur une durée de 22 mois. Il est entré en vigueur en mars 2025 et devrait rester en vigueur jusqu’en décembre 2026.
Selon Martyn Ziegler, du « Times », le contrat oblige l’entreprise à « protéger l’image de la FIFA et de son président » tout en renforçant la notoriété de l’organisation. De plus, « Ten Toes » devrait aider la FIFA à gérer sa communication en ligne conformément à la vision d’Infantino. Le texte du contrat confère au président une place inhabituellement prépondérante dans un contrat financé par la Fédération internationale de football.
Cet accord a été signé bien avant la récente crise autour d’Infantino et ne constituait donc pas une mesure d’urgence prise en réponse aux pressions actuelles pesant sur sa direction. Son importance s’est toutefois accrue à mesure que se multiplient les questions concernant la gestion de la FIFA, sa stratégie d’entreprise et ses relations avec les confédérations régionales. Ce contrat montre clairement que la protection de la réputation d’Infantino était déjà une priorité officielle en matière de communication bien avant que ces controverses n’atteignent leur ampleur actuelle.
Une agence qui fonctionne 24 heures sur 24
Ten Toes Media a été chargée de collaborer avec la FIFA pour la gestion de ses comptes sur des plateformes telles qu’Instagram, Facebook, LinkedIn et X. Selon un article de Muhammad Sharaf Eldeen publié sur Goal, les missions de l’agence comprennent la création de textes, de vidéos, d’images et d’illustrations, ainsi que le suivi des réactions du public. De plus, l’agence peut faire appel à des influenceurs pour accroître la portée et l’engagement de la FIFA.
Le contrat prévoit une prise en charge continue par des gestionnaires opérant dans différents fuseaux horaires. Ten Toes a son siège social à Londres, mais dispose également de bureaux à New York et à Dubaï, ce qui lui permet d’accéder à certains des marchés commerciaux les plus importants de la FIFA. Parmi ses clients à ce jour figurent l’UEFA, Arsenal et le capitaine de l’équipe d’Angleterre, Harry Kane.
Selon les informations disponibles, les performances de l’entreprise sont mesurées à l’aide d’indicateurs tels que la croissance du nombre d’abonnés, les impressions et l’impact généré par les contenus de la FIFA. Cela signifie que le succès du contrat ne se mesure pas exclusivement en fonction de la portée des messages de la FIFA. L’impact public de ces messages, y compris les contenus liés à Infantino, est également pris en compte dans l’évaluation.
Les commentaires restreints créent un contraste désagréable
Selon Jules Poupin, de L’Équipe, seuls les comptes suivis par Infantino peuvent actuellement laisser des commentaires sur ses publications Instagram. Cette restriction est d’autant plus frappante lorsqu’on la replace dans le contexte d’un contrat qui évalue l’audience, l’interaction et l’opinion publique. Elle limite ainsi les critiques visibles sur ses propres publications, tandis que les conseillers en communication de la FIFA surveillent l’impact global sur Internet.
Il n’est pas rare qu’une organisation mondiale fasse appel à une agence externe pour gérer ses comptes sur les réseaux sociaux lors de grands événements. Les comptes de la FIFA doivent être gérés en plusieurs langues, sur plusieurs continents et dans différents fuseaux horaires, notamment lors de tournois qui mobilisent des millions de supporters. Cependant, la question la plus délicate est de savoir pourquoi la protection de l’image d’un élu est assimilée aux intérêts de l’institution elle-même.
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La FIFA a défendu cet accord d’externalisation comme une réponse pratique à un volume de communications exceptionnellement élevé. Le contrat couvrait à la fois la Coupe du monde des clubs élargie de 2025 et la Coupe du monde de 2026, deux événements qui nécessitaient une grande quantité de contenus 24 heures sur 24. Cette explication permet de comprendre pourquoi la FIFA avait besoin d’une aide extérieure, mais elle ne dissipe pas les doutes quant au choix des termes utilisés pour décrire les missions de l’agence.
Cette révélation survient à un moment difficile
Le contrat a été rendu public à un moment où Infantino est confronté à l’un des conflits de direction les plus graves de son mandat. La FIFA a récemment abandonné un projet visant à créer une filiale commerciale chargée de gérer les droits de ses compétitions, ce qui aurait ouvert une partie de cette activité à des investissements extérieurs. L’UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique de football ont rejeté cette proposition et critiqué la procédure dans le cadre de laquelle elle avait été élaborée.
Selon un article de l’Associated Press consacré aux préparatifs juridiques de l’UEFA, les dirigeants du football européen envisagent de déposer une plainte pénale en Suisse concernant ce projet abandonné. L’UEFA a fait valoir que la structure et l’évaluation proposées pourraient constituer une mauvaise gestion passible de sanctions, bien qu’aucun tribunal n’ait jugé qu’Infantino ou la FIFA aient commis un délit. La FIFA a rejeté les accusations générales portées contre sa direction, tandis qu’Infantino reste en fonction.
La pression s’étend également au-delà de l’Europe. La Fédération néo-zélandaise de football a retiré son soutien à Infantino et a exigé une enquête indépendante sur ce projet commercial qui a échoué, tandis que d’autres fédérations ont réclamé des mécanismes de contrôle plus stricts concernant la prise de décision au sein de la FIFA. La controverse ne se limite donc plus uniquement à des divergences d’opinion en matière de communication ou de présentation.
La réputation de la FIFA et l’avenir d’Infantino sont en jeu
Cette révélation ne prouve pas que Ten Toes Media ait trompé ses abonnés ou dissimulé des informations, et le fait d’avoir fait appel à des conseillers en communication professionnels ne constitue pas, en soi, une preuve de comportement répréhensible. Le point essentiel est que, apparemment, le contrat de la FIFA considère la réputation de l’organisation et celle du président comme des objectifs étroitement liés. Cette distinction est importante alors qu’Infantino tente de s’assurer le soutien politique des 211 fédérations membres de la FIFA.
La FIFA peut faire valoir que son président est son représentant international le plus en vue et que la protection de sa crédibilité profite également à l’institution. Cependant, les détracteurs pourraient se demander si les recettes du football devraient servir à préserver la réputation d’un président élu qui fait l’objet d’une surveillance étroite au sein du monde du sport. À l’heure où les détracteurs réclament davantage d’indépendance et de transparence, cet accord d’une valeur de 2,3 millions de livres risque de devenir un symbole supplémentaire de la mesure dans laquelle l’identité de la FIFA s’est construite autour d’Infantino.



