Gianni Infantino a passé la journée de samedi à un tournoi des moins de 14 ans de la Caribbean Football Union à Punta Cana, en République dominicaine, au lendemain d’une lettre de son propre vice-président lui demandant de ne pas venir.
La lettre venait de Victor Montagliani, le Canadien qui dirige la CONCACAF et siège aux côtés d’Infantino au Conseil de la FIFA. Il y prévenait que la présence d’Infantino détournerait les caméras du football.
«Je pense que, compte tenu de la crise de gouvernance qui entoure la FIFA à la suite de votre proposition controversée FIFA Forward Enterprise, les médias vont se concentrer sur cette situation», a écrit Montagliani dans une lettre envoyée vendredi.
Montagliani lui a demandé «au nom du football de reconsidérer votre présence, car elle nuira malheureusement à la nature technique de cette importante activité de développement des jeunes». Infantino s’y est rendu quand même et a publié des photos du tournoi sur Instagram.
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Lorsque le reporter de Sky News James Matthews l’a interpellé au complexe hôtelier en lui reprochant d’avoir trahi le sport, Infantino s’est contenté de répondre «Merci beaucoup», avant de plaisanter sur le fait que le reporter et lui étaient tous les deux chauves.
Le projet qu’Infantino a dû abandonner
La controverse est le contrecoup de la FIFA Forward Enterprise, un projet visant à lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs extérieurs par la vente de participations minoritaires, sans droit de contrôle, dans une nouvelle filiale commerciale valorisée à environ 20 milliards de dollars.
Infantino a retiré le projet le 1er août, expliquant qu’il avait «créé des divisions d’une nature» qui n’étaient plus dans l’intérêt de l’objectif initial. L’UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique de football s’y étaient opposées, et des voix critiques avaient mis en cause la transparence de la FIFA dans son élaboration dès le départ.
Montagliani, 60 ans, a présidé une réunion d’urgence des présidents des 41 fédérations de la CONCACAF, qui a débouché sur la réprimande officielle la plus cinglante qu’Infantino ait eu à affronter. La confédération a qualifié le projet d’«acte flagrant de mauvaise gouvernance et de leadership défaillant» qui «s’inscrit dans une série de faux pas et de comportements similaires», concluant qu’«un examen approfondi de cette présidence s’impose».
Vancouver, avril : la plateforme
Le discours de Montagliani est antérieur à la crise. Lors du 76e Congrès de la FIFA, dans sa ville natale de Vancouver, le 30 avril, il a lancé à l’assemblée : «Le leadership n’est pas une question de pouvoir. Le leadership, c’est le service.»
Il dirige la CONCACAF depuis 2016 et a été réélu à l’unanimité en 2023. Interrogé par le Globe and Mail en juin sur la possibilité qu’il succède un jour à Infantino, il s’est contenté de dire qu’il était «honoré par cette idée» et qu’il «laissera l’avenir décider».
La route vers Rabat
L’élection présidentielle de la FIFA est prévue en mars 2027 à Rabat, au Maroc, la date limite de dépôt des candidatures étant fixée au 18 novembre. Infantino brigue un nouveau mandat.
Reste à savoir si Montagliani se déclarera officiellement. Il ne s’est pas engagé publiquement à se présenter, même si, selon Reuters, il étudierait une candidature, et qu’ESPN le présente comme le favori si Infantino se retire.
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Le président de l’UEFA Aleksander Čeferin est prêt à mener un vote de défiance si Infantino refuse de se retirer, et le président de la CAF Patrice Motsepe ainsi que le président de l’Association européenne des clubs Nasser Al-Khelaifi ont été associés aux discussions.
Cette opposition ne constitue pas un bloc de voix. Les 211 associations membres de la FIFA votent chacune séparément au congrès présidentiel, et les dirigeants de confédération peuvent faire pression mais ne peuvent pas leur imposer un vote. Le sort d’Infantino se jouera sur la façon dont les associations voteront lorsqu’elles recevront leur bulletin à Rabat, pas sur le nombre de présidents de confédération qui lui sont opposés.
Le Premier ministre Mark Carney, interrogé plus tôt en août sur la possible candidature de son compatriote, a qualifié Montagliani d’«individu d’exception ; il fait honneur au Canada, honneur au football».
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